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 Just a king, in the darkness, in the night, searching for a light ► Vïn

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❈ MESSAGES :
108
❈ ARRIVÉE :
19/06/2016
❈ PSEUDO :
Siana
❈ CARTE D'IDENTITÉ :

❈ AGE :
Trente huit ans. L'âge de raison. L'âge de sagesse. L'âge approprié pour être un souverain. Du moins, c'est ce qu'ils disent tous.
Le froid, la glace, la brise. Et toi. Au milieu de cette tempête. Ma lumière, ma chaleur. Tu réchauffes ce coeur gelé et trop longtemps anesthésié. Tu es parvenu là où toutes ont échoué. Tu es devenu plus importante que moi, que ma santé, que ma vie. Tu es devenu ma vie. Le froid, la glace, la brise. Et toi. Seule parmi des milliers. Seule dans l'éternité. Mon éternité.
Il y a ton sourire qui s'élève, c'est comme une lueur d'espoir, il y a l'ombre est la lumière, au mileu de notre trajectoire. Il fallait choisir une route, alors on a choisi la pluie acide à s'en brûler le coeur, pourvue plâne les esprits.

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- marcheur du froid -

MessageSujet: Just a king, in the darkness, in the night, searching for a light ► Vïn    Sam 30 Juil - 16:31

Vïn Galagrid
The night is dark. 
❈❈❈
who you are

nom complet ❈ Vïn. Parce que dans le folklore du nord, il se dit que les enfants portant ce nom sont plus propices à la joie et sa diffusion. C'était ce que voulaient ses parents plus que tout. Un peu de joie. Au milieu de la nuit qui avance, menaçante. Cassion. Son deuxième prénom, le prénom de son père. Il est dans la tradition royale de transmettre le nom, très certainement car l'on espère transmettre également les qualités du paternel. Dans le cas de Vïn, il a simplement hérité de son caractère bien trempé. Galagrid. Le nom d'une haute lignée. Comme ses prédécesseurs et ses successeurs, Vïn porte en lui l'héritage d'une famille qui a bâti le Nord à la force de ses bras, malgré des erreurs et des hésitations. lieu de naissance  ❈ Icerandir, la cité de glace. Vïn est né dans la chambre de sa défunte mère. Il n'a connu que ces immenses murs. Ils sont son passé, son présent, son avenir. Et il espère se montrer aussi solide qu'eux.  âge  ❈ 35 ans, l'âge de raison.  contrée actuelle ❈ Les contrées du nord, et plus particulièrement Icerandir. C'est de cette cité qu'il dirige son royaume. allégeance ❈ Le Nord. Plus que tout. Plus que lui-même. Plus que ses propres sentiments. Il serait prêt à tous les sacrifices imaginables pour sauver cette contrée et son peuple. fonction/métier ❈ Roi. Il détient les trois pouvoirs : il fait la loi, l'applique et rend la justice. C'est un roi législateur et juge. Il dirige également les armes. Beaucoup de pouvoirs pour un seul homme. Beaucoup trop.  pouvoir ❈ Il maîtrise la glace, autant pour se défendre que pour attaquer. contrôle du pouvoir ❈ Vïn contrôle son pouvoir avec une aisance déconcertante. A ses yeux, cela est inné, une évidence. Il ne se pose pas de question lorsqu'il contrôle son pouvoir, il se contente de se concentrer sur ce qu'il veut, et cela se fait presque tout seul. groupe ❈ Marcheurs du froid.
piece of mind  

Vïn est un homme juste et loyal. Ce sont là très certainement les qualités qui le définissent le mieux. Lorsqu'il s'engage pour quelque chose ou quelqu'un, son engagement est complet et sans faille. De la même manière, il estime que la justice est la seule garante de la paix, aussi tente-t-il de se montrer le plus impartial dans ses décisions et dans sa manière de gouverner son royaume. Au delà de ces principales qualités, Vïn est aussi quelqu'un d'intelligent, et doté d'une grande force, autant physique que psychologique (bien que cette dernière soit légèrement plus fragile). Il réfléchit toujours avant d'agir, pèse le pour et le contre de chaque situation, comme il l'a apprit depuis son plus jeune âge. Mais derrière ces qualités se cachent également plusieurs défauts. Sa froideur et son insolence sont les indices d'un caractère bien trempé. Vïn déteste que l'on lui dise quoi faire, que l'on lui mente ou encore que l'on s'oppose à lui lorsqu'il est persuadé d'avoir raison. Il vit également avec un désir permanent de reconnaissance, qui lui pourrit parfois la vie.
Concernant ces habitudes, le quotidien de Vïn est très ritualisé, comme pour chaque roi. Il a un emploi du temps à tenir, et ses journées se ressemblent très souvent : elles commencent par le levé et le petit-déjeuné, puis l'entretien avec son conseil restreint, avant de faire son sport et ses entraînements militaires quotidiens ; il reçoit ensuite ses sujets, puis déjeune, avant de passer encore deux heures à s'entretenir avec les siens ; enfin, la journée se termine par la réunion du conseil royal, plus large que le conseil du roi, avant de prendre un bain et de vaquer à ses occupations. Dans ce programme très rythmé, Vïn se plait à se distraire comme il peut. Les repas sont des moments de détente, tout comme sa promenade du soir. Le souverain a pris l'habitude de se balader d'abord accompagné puis, à mi-chemin, tout seul, sous la pâleur de la lune.
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- citation citation citation -

PSEUDO/PRÉNOM ❈ Siana, et mon prénom c'est la même chose.. à l'envers    PAYS ❈ Allez les bleus !  TU AS DÉCOUVERT WANO SUR ❈ Elwena est fourbe, elle m'a tenté encore     TAUX DE PRÉSENCE  ❈ J'essaie de passer tous les jours !  TON AVIS SUR WANO ❈ Le top du top, la crème de la crème, enfin vous avez compris ! QUI SUIS-JE ❈ () je suis la création d'une adorable personne () je suis le fruit de mon imagination (☼) je suis un prédéfini C'EST LE MOMENT DE SE LACHER ❈ On va vous mettre la misère, nous les marcheurs du froid   .

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Trente huit ans. L'âge de raison. L'âge de sagesse. L'âge approprié pour être un souverain. Du moins, c'est ce qu'ils disent tous.
Le froid, la glace, la brise. Et toi. Au milieu de cette tempête. Ma lumière, ma chaleur. Tu réchauffes ce coeur gelé et trop longtemps anesthésié. Tu es parvenu là où toutes ont échoué. Tu es devenu plus importante que moi, que ma santé, que ma vie. Tu es devenu ma vie. Le froid, la glace, la brise. Et toi. Seule parmi des milliers. Seule dans l'éternité. Mon éternité.
Il y a ton sourire qui s'élève, c'est comme une lueur d'espoir, il y a l'ombre est la lumière, au mileu de notre trajectoire. Il fallait choisir une route, alors on a choisi la pluie acide à s'en brûler le coeur, pourvue plâne les esprits.

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- marcheur du froid -

MessageSujet: Re: Just a king, in the darkness, in the night, searching for a light ► Vïn    Sam 30 Juil - 16:31

Kill the boy and let the man be born
Même la plus petite personne peut changer le cours des choses.
Souffle. Respiration. Claquement du vent. Air froid contre la peau. Je suis ici. Dans ce monde.

Pressant le pas pour atteindre le niveau de son père, le garçon commençait à être essoufflé. Il fallait dire que Cassion avait des jambes qui faisaient le double des siennes, aussi lorsqu'il avançait d'un pas, Vïn était contraint d'en faire deux pour parcourir la même distance. Les quotidiennes balades entre père et fils étaient ainsi autant formatrices que physiques. Une pierre de coup. L'efficacité, voilà ce que prônait le roi du Nord : ne jamais perdre son temps. Cassion parvenait à merveille à user de chaque seconde de son temps pour accomplir quelque chose d'important ou d'utile. " Un roi n'a pas de temps à gaspiller, répétait-il." Vïn ne le comprenait pas. Lui, a contrario, aimait prendre son temps pour faire les choses. Regarder autour de lui, découvrir le monde qui l'entourait, s'inventer des histoires. Un trait de caractère qu'il devrait changer le jour où il accéderait au trône. Car en ce point ne résidait-il pas l'intérêt de ces promenades quotidiennes ? Elles avaient pour but de préparer Vïn à son futur métier, toute sa vie, d'ailleurs, était tournée vers cela. Être prêt le moment venu. Mais était-il réellement possible d'être prêt à devenir roi, à gouverner un royaume et ses sujets ? Le jeune garçon n'avait pas dix ans mais se posait déjà la question. Il avait peur. Son avenir, bien qu'il fut tout tracé, le terrorisait. Serait-il à la hauteur ? De toute évidence, Cassion avait une réponse préconçue à la question. Il se montrerait digne, il y veillerait personnellement. Vïn pensait que son père devait être certain que la formation faisait le roi, sinon, pourquoi, lui qui ne perdait jamais son temps, encombrerait-il son emploi du temps avec ces balades à vocation éducatives ? Néanmoins, Vïn ne partageait pas le même point de vue. Il avait beau recevoir des cours et des conseils, il se montrait toujours aussi hésitant.
Lorsqu'il arriva enfin aux cotés de son père, celui-ci le dévisagea. " Vois-tu mon fils, il est essentiel de se balader dans son palais, dans sa cité. Pour montrer son autorité, sa puissance. Les sujets t'aiment pour ce qu'ils imaginent que tu es, à toi de les contraindre à t'aimer pour ce que tu es. Un roi ne s'adapte pas, un roi adapte son royaume. " Vïn n'était pas certain de partager son point de vue, mais il se contenta de hocher la tête. Sa mère, avant de les quitter, lui avait dit qu'il était important de garder la face. Cacher ses émotions, car si elles sont une force intérieure, elles peuvent également très vite devenir une faiblesse. Le jeune garçon suivait avec force les conseils de cette protectrice partie trop tôt. Tous ces conseils, y compris concernant le pouvoir. Il fallait reconnaître que Melïan ne partageait pas les mêmes idées que son époux. Elle se montrait plus douce, plus conciliante que l'intransigeant Cassion Galagrid.
Le roi se pencha vers son fils, et prit entre ses doigts le médaillon qui pendait autour du cou juvénile. " Tu vois Vïn, tu portes l'image de notre famille autour de ton cou. Son héritage, son avenir. Tu es le dernier des Galagrid, et toute ta vie ne doit être régis que par le respect des tiens. De nos valeurs. Tu es né pour être roi, et tu le seras. Dans un monde obscur, où nos amis et nos ennemis sont souvent les mêmes personnes. Mais tu devras te montrer digne de cet héritage. Avant même que le trône ne te revienne. Car si jamais tu me déçois, ce sera une trahison. Et dans le nord, nous n'acceptons pas le trahison. " Le garçon se figea, déglutissant. Un frisson parcourait son échine. Il avait presque l'impression de sentir le poids des responsabilités sur ses épaules. Le regard de Cassion était glacial. Il ne plaisantait pas. Vïn comprenait mieux pourquoi ses ennemis mais aussi ses conseillers le craignaient autant. Cassion ne gouvernait pas par la peur, mais tous savaient de quoi il était capable. Le roi le dévisagea quelques secondes, puis, son visage s'adoucit, et il esquissa ce qui ressemblait à un sourire. " Mais j'ai confiance en toi, tu y arriveras. Même si tu en es très loin pour l'instant. Tu n'es qu'un gamin immature. Mais même le plus imbécile des gosses peut devenir un homme. Il suffit d'un peu de volonté. Je sais que tu as cette volonté en toi. Car si je me trompe, c'est que tu n'es pas mon fils. " Cassion reprit son chemin, tandis que Vïn se rendait compte qu'il tremblait. De tout son corps. De tout son être.

Cris. Rire qui s'élève. Sourire. Regard. Chaleur. Je grandis. Je le sens.

La flamme dansante de la bougie se reflétait dans le vin stagnant au fond du verre. Vïn le descendit d'une traite. Il n'avait que quinze ans mais appréciait déjà les effets de cette boisson dans son corps et dans sa chair. Lorsqu'il buvait, il se sentait plus vivant et plus libre. Plus désinhibé aussi. Depuis son plus jeune âge, le prince avait prit l'habitude de dissimuler ses émotions, de se montrer toujours dans la retenue. Mais parfois, il avait besoin de tout envoyer paître pour se contenter seulement de respirer un peu d'air pur. Il ne regrettait pas sa vie. Il était heureux d'avoir la chance de pouvoir, un jour, donner le meilleur de soi-même pour un royaume, pour un peuple. Seulement, la pression mise par Cassion était trop forte. Son père ne le laissait jamais respirer, lui qui avait besoin de pause. Vïn donnait le meilleur de lui-même, cependant, il arrivait parfois au bout de ses capacités. Ce n'était qu'un adolescent, et le roi lui demandait déjà de se comporter comme un adulte. " Là, je me comporte comme un adulte non ? Je fuis mes responsabilités ! Père serait fier de moi s'il me voyait, pensa-t-il. " Les effluves de l'alcool le rendait cynique. Au fond de lui, il savait pertinemment que si son père l’apercevait dans cette taverne, à s'imbiber avec ses compagnons d'armes, il l'attraperait par le cou pour l'extirper de ce lieu de déboire. La déception. Mais après tout, cela changerait-il vraiment quelque chose ? Vïn avait beau tout faire, jamais il ne lisait de fierté dans le regard de son père. Juste un regard empli de sévérité. Et même s'il se refusait à l'admettre, cela brisait le coeur de Vïn. Sa mère lui manquait tellement. Elle, aurait été fière de son fils, il en était persuadé.
" Tu vas bien Vïn ? Tu tires une de ces têtes mon vieux ! " Eleon le dévisageait avec une mine inquiète. Fils d'un chef d'arme de Cassion, Eleon provenait d'une famille d'un haut lignage, comme l'ensemble des amis de Vïn somme toute. Un groupe de cinq jeune gars s'était construit autour de Vïn, bien qu'Eleon occupait une place privilégié. Le meilleur ami de Vïn, le frère qu'il n'avait jamais eu. Les cinq jeunes gens s'étaient rencontré à l'entraînement, puisque Cassion avait insisté pour que Vïn apprenne l'art du combat avec les meilleurs. Tous embrasseraient plus tard une carrière militaire, et Vïn serait leur chef. Pourtant, la hiérarchie future ne semblait pas entamer leur relation et leur complicité. Parmi ses compagnons, Vïn n'était pas le futur roi, juste le type impassible qui maniait l'épée avec brio. Ses amis n'étaient pas les garçons les plus respectables du royaume, mais le prince les aimait bien. Avec eux, il retrouvait un semblant de famille.
Vïn se tourna vers Eleon et agita la tête pour lui signifier que tout allait bien. " Ne me prend pas pour un con, c'est quoi qui te tracasse encore ? Cassion le terrible a encore frappé ? " Vïn fit une moue qui en disait long, et attrapa le poignet d'Eleon pour discuter dehors. Parfois, cela lui faisait du bien de se confier, mais il n'oubliait jamais qu'il parlait du roi, aussi préférait-il discuter à l'abri des oreilles indiscrètes. Les deux jeunes hommes se levèrent sous le regard moqueur de leurs compagnons. " Vous allez où comme ça, vous allez vous sucer la bite ? " Ils se fendirent en un rire gras, et Vïn leva les yeux aux ciels. Ses amis étaient parfois de véritables rustres, clichés des soldats idiots et obsédés. " Ta gueule Aryes ! " Eleon et Vïn sortirent de la taverne, tandis que le froid saisirent leurs membres. Il était puissant et vicieux, glaçant jusqu'aux os. Ils firent quelques pas, qui suffirent à Vïn pour qu'il se détende. " Je suis terrifié Eleon. J'ai peur de ne pas me montrer à la hauteur. Mon père attend tellement de moi, et je le vois bien dans ses yeux. Il n'est pas satisfait. " Eleon secoua la tête, faisant claquer sa langue contre son palais. " Je comprends que tu puisses avoir peur. Mais laisse moi te dire une chose. Ton père est un bel enfoiré. " " El, arrête. " " Vïn laisse moi finir. " Il marqua une pause, tandis qu'ils bifurquèrent vers une ruelle conduisant au château. " C'est un enfoiré parce qu'il te met la pression pour faire de toi un roi qu'il n'est lui-même pas capable d'être. " Vïn arqua un sourcil et l'invita à poursuivre. Il aimait discuter avec Eleon car derrière sa carapace existait un homme sage et particulièrement intelligent. Peut-être aussi sa vision du monde se rapprochait-elle de celle de la défunt Melïan. Oui, Eleon et Melïan avaient quelque chose en commun, Vïn n'aurait su définir quoi. " Cassion n'est pas un bon roi. C'est un chef qui nous permet de survivre, qui sait se montrer juste et sévère lorsque cela est nécessaire. Mais ce n'est pas un bon roi à proprement parlé. Il ne regarde pas vers l'avenir et vers l'ailleurs. Il gouverne le Nord en regardant vers le passé et comme s'il était isolé du reste d'Aläageria. Il voit les autres contrées comme des ennemis, mais depuis combien de temps n'a-t-il pas quitté le Nord pour voir ce qu'il se passe réellement ailleurs ? Nous n'avons pas que des ennemis, bien au contraire... " La brise s'intensifia et ils remontèrent le col de leur cape. Autour d'eux, il n'y avait pas âme qui vive. Les rues étaient désertes, silencieuse, seul le vent sifflait entre les maisons. Eleon se stoppa et se posta face à son ami. Il l'attrapa par les deux épaules et planta ses pupilles dans celle de Vïn. Le prince n'avait jamais vu son ami aussi sérieux. " Tu es plus intelligent, plus fort et plus courageux que ton père. Tu es aussi meilleur combattant. Tu seras un bon roi. Le meilleur depuis des lustres. Et pour ce qui est de la reconnaissance, je te dirais de t'en contrefoutre mais je te connais, ça continuera à te hanter. " Il hésita, puis hocha la tête. " A la fin de la semaine, notre compagnie part en garnison à Calcïndir. Tu es du voyage n'est-ce pas ? " Vïn fit signe que non. " Mon père veut m'en dispenser, il dit que ma place est à Icerandir et que je ne suis pas prêt. " " Alors convainc le de te laisser partir. Dis lui que cela sera formateur, et que tu pourras justement lui montrer de quoi tu es capable. Il est temps que tu lui fasses une démonstration de tes talents d'orateurs. " Eleon lui adressa un clin d'oeil, lui tapota l'épaule et reprit sa marche. " Là, tu seras loin de ton père et de sa stupide influence. Il veut que tu deviennes un bon roi hein ? Tu le seras lorsque tu décideras d'arrêter d'essayer de lui ressembler. " Un bourrasque de vent traversa la ruelle, comme si elle venait confirmer les propos d'Eleon.

Froid. Glace. Murmure. Nuit qui nous entoure. Il n'y a qu'un combat à gagner, celui contre les ténèbres.

La main posée sur le cou, Vïn se massait la nuque en maugréant. Elle lui faisait un mal de chien, la faute, très certainement, aux nombreuses nuits passées dans le froid et dans l'humidité, sous un tente de fortune, isolée de Icerandir et du confort du château. C'étaient donc cela, les campagnes militaires ? S'entasser sous des toiles à boire comme des tous jusqu'à ce qu'enfin, survienne un fait intéressant. Et le fait intéressant était arrivé. Une horde de bandits venus de l'ouest avaient attaqué le village de Calcïndir pour tuer le chef militaire de la garnison en place, avant de s'emparer du butin, et au passage, violenter quelques habitants protestants contre cette intrusion dans leur territoire. Les bandits n'avaient pas fait de quartiers. Ils les avaient surpris, avaient tout ravagé et s'étaient enfuis vers le sud. Seuls et sans chef, les jeunes soldats étaient désorienté, et c'est à ce moment là que Vïn avait décidé d'agir. Après tout, n'était-ce pas pour cela qu'il se formait depuis des années ? Protéger son peuple, protéger les siens. Il n'avait pas d'expérience, mais après tout, dans ce qu'il restait de la garnison de Calcïndir, personne n'en avait. Alors, il décida de prendre les choses en main. Il reconstitua un groupe solide, et parti à la poursuite des brigands. Chargés comme des mules et sans chevaux, ils n'avaient pas pu progresser à la vitesse voulue, aussi, Vïn et les siens les rattrapèrent vite. Le futur roi mit en place une stratégie d'encerclement et d'entonnoir et la succès fut au rendez-vous. Le jeune homme fut acclamé et porté en héros. " Longue vie à notre roi, avait-on déjà entendu. " Mais Vïn ne s'était pas senti comme un héros ou comme un stratège victorieux. Dans les deux batailles, il avait perdu deux de ses amis les plus proches, et Eleon était dans un état critique. On le soigna mais depuis, Vïn ne parvenait à décolérer. Même en ce jour d'anniversaire, il ne pouvait réprimer son sentiment de culpabilité. Il n'était pas idiot, au fond de lui, il savait pourquoi il avait décidé de prendre les choses en main. Prouver sa valeur à son père, encore et toujours cette même rengaine complètement inutile. Eleon lui avait dit de laisser tomber. A trop chercher la reconnaissance, on finit par s'oublier soi-même.Et à cause de ce foutu désir, il avait mis en danger ses amis. Ses vrais amis. Mais peut-être qu'au final, c'était donc ça le rôle d'un roi. Sacrifier les siens pour le bien commun. Mettre de coté ses sentiments pour accomplir ses devoirs. "Quels devoirs ? Tu as juste voulu montrer à Cassion que tu valais mieux que lui. "
Vïn but une gorgée d'eau en espérant que cela puisse soulager sa douleur. Il s'apprêtait à s'habiller pour rejoindre les festivités organisés pour l'anniversaire du roi, lorsqu'un garde personnel de son père pénétra dans la pièce. " Sire, le roi souhaite s'entretenir un instant avec vous. " Le jeune homme arqua un sourcil, puis secoua la tête en guise d'approbation. " Un instant, j'arrive. " Il se pressa pour s'habiller, seul. Il avait toujours détesté que quelqu'un l'habille à sa place, il était assez grand pour faire ce genre de chose tout seul. Puis, une fois prêt, il se rendit dans les appartements de son paternel. Il toqua avec vigueur à la porte. " Vous désiriez me voir, père. " Cassion lui fit signe de s'avancer. Il était en tenu de cérémonie, lui qui venait de fêter ses quarante ans, tandis que Vïn n'en avait que dix-sept. Ce soir, la fête serait grande. On acclamerait le roi en le remerciant de la paix qu'il maintenant, mais on se réjouirait également du retour des garnisons pour l'hiver, après deux ans d'absence. " Avance-toi Vïn. " Le jeune homme s'exécuta. " Quand je t'ai finalement laissé partir en garnison il y a deux ans, je pensais te revoir assez vite. J'imaginais que tu apprendrais quelques rudiments de la vie de camp, mais que ton confort, ta taverne (il avait prononcé ce mot avec un certain dégoût), te manqueraient trop et que tu reviendrais vite. " Le regard du roi était aussi incisant que les mots. Ainsi, jamais il ne se montrerait conciliant avec son fils ? " Fort de constater que je me suis trompé. Tu as achevé ta campagne, et tu l'as même fait avec une certaine réussite. Du moins, c'est ce que le peuple dit. Tu es parti en enfant, tu reviens en homme. Mais quel homme, je l'ignore. Le peuple te voit comme un héros, personnellement, je pense que tu as eu de la chance. " Vïn leva le regard et fronça les sourcils. De la chance ? De la chance ? Non, il n'avait pas eu de la chance ! Il avait vu ses amis mourir devant lui. Il avait vu les corps mutilé de Eleon, à bout de souffle. Il avait vu des personnes courir, entièrement enflammées, véritables torches humaines. Il avait vu des femmes se faire violer, hurler. Il avait vu des enfants, étendus et sans vie. Oui, il était vivant, et peut-être cela était-ce de la chance, mais quelle chance ? La chance de vivre avec ses images qui hantaient encore ses nuits ? La chance d'avoir réussi à mettre un stratégie en place. Eleon avait raison. Son père n'étaient pas un bon roi, pour la bonne et simple raison qu'il était incapable de compassion et d'amour. " Père, je.... " " Ne m'interrompt pas, Vïn ! Je ne crois toujours pas en tes capacités, j'attends plus de preuves. Toutefois, le peuple t'aime et reconnais tes sois-disant "talents", et le rôle d'un roi est de satisfaire ses sujets n'est-ce pas ? Je vais donc annoncer ce soir que je t'associe à mon pouvoir. Tu seras mon conseiller premier, garde des sceaux et premier commandant de l'armée. Peut-être que comme ça, tu apprendras enfin ce qu'il est essentiel que tu apprennes. " Indigné, Vîn secoua la tête en guise de refus. " Hors de question. Si je dois avoir ces fonctions, je veux que ce soit parce que vous m'en trouvez digne. " " Alors tu ne les auras jamais ! " Le roi venait de s'emporter, il hurla et fut prit d'une quinte de toux. Lorsque sa gorge lui fit moins mal, il retrouva son calme. " Tu m'obéiras, je suis ton roi. Tu apprendras directement à coté de moi. Et comme ça, lorsque tu auras le trône, tu pourras compenser ta médiocrité en suivant les conseils que je t'aurais donné. " Vïn fit claquer sa langue contre sa bouche. Il avait une très sérieuse envie de pleurer. De tout casser. Son père venait de lui briser le coeur, et à cet instant, sa mère lui manquait plus que tout. Malgré son état intérieur de parfaite ébullition, le jeune homme parvint à garder son calme pour articuler quelques mots. " Père, tu es un homme monstrueux. " Pour la première fois, il l'avait tutoyé. Plus de respect. Pas pour cet individu. Pas lorsqu'il était traversé d'une colère aussi forte. " Certes, mais moi au moins, je suis un vrai homme. " Vïn le dévisagea, puis quitta la pièce, tentant d'afficher un sourire de circonstance pour ne rien laisser paraître à la cérémonie.

Le souffre. Le parfum. Tenir le coup. Je me sens vacillé, mais je tiens bon. Je deviens un homme.

La salle était bondée. Pleine à craquer. Autour d'eux, des silhouettes dansaient, tournoyaient alors que la musique s'élevaient, vive et dynamique. Ils avaient mis les petits plats dans les grands pour faire du vingt-cinquième anniversaire de Vïn un jour bien spécial. De nombreuses personnes avaient été conviées, il y avait de la nourriture à profusion et l'alcool coulait à flots. Tous s'amusaient comme ils ne s'étaient pas amusés depuis longtemps. Tous sauf Vïn. Légèrement en retrait avec Eleon, le prince ne se satisfaisait pas de ces festivités. Peut-être car il savait pertinemment que son père n'avait pas mobilisé tout ces moyens pour lui, mais bien pour satisfaire le peuple et augmenter sa côte de popularité. Il y avait bien une chose que l'on ne pouvait pas enlever à Cassion : sa capacité à manipuler les foules. Et plus vicieuse encore, sa capacité à imposer aux autres sa volonté tout en parvenant à leur faire croire que ce désir provient d'eux-même.
Les yeux rivés sur la boule de glace que faisait tourner son ami au dessus de sa main, Eleon lança un regard vers l'assemblée. " Vïn regarde moi ça ! " Le jeune homme releva les yeux et fit éclater la boule en milles petits cristaux. Il contrôlait quasiment parfaitement ce don dont il avait hérité petit et qui représentait pour lui un réel avantage. Un avantage jalousé par Cassion. Il scruta l'assemblée mais n'y vit rien de surprenant. Juste des gens. Juste une fête. Il le signifia à son ami. " Mais si, regarde moi ce porc... " Il désigna du doigts le roi, qui mordait une tranche de rôti et se mit à rire à pleine gorge, si bien que l'on pouvait voir les morceaux de viandes s'agiter dans sa bouche. " Il me dégoûte... Et il se prétend roi... " Vïn pouffa. " El, tu recommence... Tu fais une vraie fixette ! Et je te rappelle que tu parles de mon père. " Eleon secoua la tête et but une gorgée de vin. Il avait trop bu et commençait à être saoul. Pour sûr, il finirait sa soirée aux bras d'une ou deux compagnes, et peut-être même un compagnon. Eleon était comme ça, il aimait les plaisirs de la vie, et se sentait plus vivant lorsqu'il s'adonnait à la débauche. Mais c'était aussi une personne honnête, franche, intelligente et loyale. Le meilleur ami que Vïn n'avait jamais eu. " Ton père ? J'me demande parfois si c'est vraiment ton père. " Il plissa le nez, faisant une mine grossière de réflexion, puis émit un léger rire. " Quoi que vous êtes autant austère l'un que l'autre. Ça doit venir des gènes. " Vïn donna une tape sur l'épaule de son ami. " Je t'emmerde très royalement. " " C'est l'cas d'le dire. " Les deux hommes se mirent à rire, mais Vïn se stoppa d'un coup. Il fixa la foule, comme s'il avait vu un fantôme. Devant lui, une femme venait de faire son apparition. Grande, brune, élancée. Scandaleuse dans sa robe pourpre qui mettait en valeur ses attributs. Si Vïn aimait bien la compagnie des femmes, jamais il n'avait été autant figée par une telle beauté. Il tapota le bras d'Eleon. " C'est qui, cette femme ? " Eleon jeta un coup d'oeil, avant d'hausser les épaules. " Aucune idée, j'l'ai jamais vu. " Un petit sourire apparu au coin de ses lèvres. " Elle te plait non ? " Vïn ne dit rien, ce qui fit sourire plus encore Eleon. " Aaaah ! Elle te plait ! Va lui parler, qu'est-ce que tu attends abruti ?! " " Je ne sais pas... Je ne pense pas que ce genre de femmes s'intéresse à moi... " Eleon éclata de rire. " On dirait un gamin ! Vïn, tu es un homme séduisant et en plus tu es prince. Si elle ne cède pas à tes avances pour la première raison, elle cédera très certainement pour la deuxième. Dans les deux cas, elle t'aura sucer la queue, donc tu es forcément gagnant. " Faussement outré par la vulgarité de son ami, Vïn but une gorgée de vin pour se donner du courage puis s'élança dans la foule.
Lorsqu'il arriva au niveau de la jeune femme, celle-ci se fendit un large sourire. Son visage était encore plus beau de près. Elle semblait l'avoir reconnu. " Messire, je vous souhaite un très heureux anniversaire. " Elle leva son verre, et trinqua avec celui de Vïn qui restait immobile et paralysé. Pour sûr, cette femme était une séductrice, une tentatrice. Le prince s'éclaircit la voix. " My lady, je ne crois pas avoir eu la chance de vous rencontrer auparavant à Icerandir. " " En effet, je viens tout juste d'arriver. Cela fait des années que je vis dans le sud, pour son école de magicien. Ma mère venait du sud, mon père, quand à lui, vient du nord, mais il est décédé voici quelques jours. Je suis venu soutenir mon oncle qui vit encore à Icerandir. Ils étaient très proches. Vous le connaissez peut-être, Lord Alergrid, se nomme-t-il. " Une fille du sud. La chaleur, l'aridité. La passion. Cette lady Alergrid avait un regard déstabilisant qui contrastait avec la rougeur de ses lèvres. " J'ai en effet eu la chance d'apprendre à ses cotés. C'est un homme bon et juste, derrière son austérité. " " L'austérité.. C'est un homme du nord. Tous les hommes du nord sont austère. A croire que la glace qui les entoure refroidit également leur coeur. Toutefois, certains m'ont l'air plus... chaleureux que d'autres. " Elle adressa à Vïn un regard qui en disant long. Ce dernier ne put s'empêcher de sourire. La jeune femme lui rendit le sourire. " Puis-je savoir quel nom se cache derrière ces charmantes paroles ? " " Isthia. Dans le langage ancien du sud, cela signifie l'Impressionnante. " Vïn pouffa. " Vous portez bien votre nom. " Il but à nouveau une gorgée de vin. " Mais peut-être me laisserez-vous à mon tour vous impressionner ? " Elle se mordit la lèvres inférieure et baissa les yeux. " Peut-être. " Sa voix était sensuelle, douce. Vïn en tomba immédiatement sous le charme. Cette voix résonnait dans ses oreilles, cette même voix que quelques heures plus tard, il faisait crier dans le tumulte de sa couche.

L'insouciance. Respiration. Rébellion. Courage. Je m'émancipe. Du moins, je le pense. Mais cela arrive. Comme un coup de massue. La contrainte.

Vïn serrait des dents pour résister à la douleur. La plaie était enfin refermée, cousue avec soin par les infirmières d'Icerandir, mais elle lui faisait toujours aussi mal. A croire qu'un poison sournois et puissant s'était infiltré dans ses veines pour lui ronger le sang. Le prince avait déjà trente ans, mais c'était pourtant là sa première blessure de combat. Sa première vraie blessure. Infligée par un ennemi. Une blessure qui fait souffrir. Avant cela, il se demandait comment il avait bien pu échapper aux mailles du filet. Il ne parvenait toujours pas à comprendre ce genre de choses. Tous tombaient autour de lui, mais lui restait debout. Toujours droit, campé sur ses jambes. Il esquivait les coups, il résistait aux duels. Eleon affirmait que la réponse était évidente : Vïn était fort et solide. Un combattant hors pair, l'étoffe d'un roi puissant qui susciterait l'admiration de son peuple. Cassion avançait une explication toute autre : son fils était un lâche qui se dérobait aux combats, aussi ne pouvait-il jamais être blessé puisqu'en aucun cas, il n'allait sur le front. Un beau mensonge. Vïn s'était battu corps et âmes pour prouver le contraire à son père, mais il commençait à croire que c'était peine perdue. A quoi bon ? Jamais le roi ne serait fier de son fils. Vïn avait tout gagné. Il était respecté par ses compagnons d'armes, salué par les généraux, aimé du peuple. Mais l'amour et la reconnaissance de son père lui manquaient. Un fabuleux paradoxe. Le jeune trentenaire aurait pu être heureux. Il avait la gloire, le pouvoir. Le soutien d'un ami. L'amour d'une femme qui lui offrait chaque soir son corps et son coeur. Le respect des sages du royaume du nord. Mais malgré tout, son coeur était froid. Glacé par l'absence de sentiments paternels. Et cette douleur n'en était encore que plus vive lorsqu'il se rendait compte que les souvenirs de sa mère tendaient à disparaître. Les images, autrefois claires et précises, devenaient floues et incohérentes, comme les pâles relents d'un rêve ancien. Ne restaient que les souvenirs de ce père, souffrant de la perte de sa femme, déçu d'un fils qui n'était pas à la hauteur.
Vïn porta sa main sur sa blessure et la massa doucement lorsque l'un des gardes du roi fit son apparition. " Le roi est prêt à vous recevoir. " Le prince afficha son plus beau sourire de circonstance et pénétra dans les appartements de son père. Il ne fallait rien laisser paraître, sinon Cassion se ferait une joie de souligner la faiblesse de son fils. Ce dernier, d'ailleurs, se demandait ce que son père lui voulait. Le roi ne le convoquait jamais, il n'avait pas besoin de réunion spéciale pour lui faire des reproches. Assis sur son grand siège en bois, les mains posées sur son bureau sur lequel s'empilaient des tonnes de parchemins, qui semblaient être des missives, Cassion ressemblait à un vieillard usé et aigrie. Bien qu'il n'ait qu'une soixantaine d'années, il en paraissait bien dix de plus. Il n'avait plus rien de l'homme valeureux qu'il était dans sa jeunesse, la fonction de roi semblait l'avoir fait vieillir prématurément. Ou peut-être était-ce autre chose. La maladie ? Depuis quelques semaines, le roi toussait et subissait parfois des malaises et des tremblements. Il paraissait même qu'il lui arrivait de cracher du sang. Vïn demeurait interdit. Il se demandait si le même destin l'attendait, si lui aussi, lorsqu'il serait roi, deviendrait aigrie et dépérissant. Il chassa de telles pensées, constatant que son père l'invitait à s'asseoir, sans toutefois prononcer le moindre mot, sans lui adresser le moindre regard. " Tu te demandes sans doute pourquoi j'ai demandé à te voir aussi prestement. Tu te doutes bien que ce n'est pas pour te féliciter pour ta mission. Seulement deux tiers de tes hommes sont revenus. Et toi bien sûr, n'as-tu aucune honte à laisser tes soldats mourir à ta place ? Tant de lâcheté. " Il fut saisi par une quinte de toux et Vïn, qui mourrait d'envie de lui répliquer qu'il se trompait, qu'il avait combattu en première ligne, aux cotés des siens, se contenta de s'approcher de lui et de lui servir un verre d'eau. " Buvez cela, père. Et pardonnez-moi de vous décevoir. " Il ignorait pourquoi il se laissait ainsi malmené, mais peut-être que la vue de son père dans un état aussi pitoyable, tant affaibli, lui ôtait l'envie de le tourmenter. Il se souvenait une fois avoir entendu quelqu'un lui demander pourquoi lui fallait-il affubler de tant de tourments un esprit déjà aussi tourmenté ? Il ne se souvenait pas qui lui avait dit ça, mais aujourd'hui, cette phrase prenait tout son sens. De toute évidence, le roi était malade, et là où beaucoup en aurait profiter pour lui imposer leur vision des choses, Vïn préférait ne pas le contrarier.
La quinte de toux se calma, et Cassion reprit la parole. " Je me demande comment un être aussi ridicule peut-être mon fils... Mais peut-être aujourd'hui vas-tu pouvoir me prouver le contraire, en remplissant le devoir qu'il incombe au prince héritier du royaume. " Vïn releva immédiatement les yeux, intrigué. Il y avait là, peut-être, une opportunité à saisir. Il s'empressa d’acquiescer. " Je vous écoute père. " Le roi quitta son siège et entreprit de faire les cents pas dans la pièce. Sa lourde cape de fourrure traînait derrière lui, et semblait être un fardeau pour sa marche, tout comme la couronne qui trônait sur sa tête. De la même manière, sa démarche était traînante, le pas mou. Cette fois-ci encore, cela attira l'attention de Vïn, mais à nouveau, il mit cela sur le compte de la vieillesse, inconscient que dans l'ombre, des forces s'agitaient pour réduire au néant le roi Cassion. " Comme tu le sais, la célèbre cité d'Endore a fermé ses portes voilà des années, après ce funeste jour des Ombres. Une catastrophe pour bien des royaumes, le début des temps de l'errance et de la guerre. Ces perfides créatures du sud, sous l'égide d'un roitelet, se sont attaqués à nous et sont devenus des ennemis à combattre. Combien d'hommes avons-nous perdu ? Combien d'âmes du nord ont-elles brûlés sous les flammes du sud ? J'ai toujours souhaité que nous les vainquions seuls. Car la force de notre royaume n'a nulle pareille dans tout Aläageria. Ils ne connaissent pas le froid, ils ne connaissent pas la glace. Ils ne connaissent pas les murmures dans le nuit. Ils ne savent rien. Pourtant, lorsque j'ai vu l'homme que tu devenais et les corps s'empiler devant notre seuil, j'ai compris mon erreur. Face à l'ennemi, nous ne pouvons plus être seuls. Les négociations ont été difficiles, mais l'est m'est apparu comme un soutien important. Nous allons unir nos deux familles. Et ce sera toi qui fera le lien. Puisque tu es incapable de servir le royaume par la force de tes bras et de ton intelligence, tu le serviras par la vigueur de ta jeunesse. Tu épouseras Elwena Bergard, tu la baiseras, tu l'engrosseras, et peut-être ton fils aura plus de force que toi. Dans tous les cas, tu permettras au nord d'avoir un soutien de poids que représente l'est. " Vïn écarquilla les yeux. Il ne s'attendait pas à une telle annonce. Immédiatement, il pensa à Isthia. Il ne pouvait pas épouser une autre femme. C'était elle qui partageait sa vie depuis cinq années, elle qui pansait ses mots et ses blessures. Il lui avait promis le mariage, le jour où Cassion rendrait son dernier souffle, et d'amour elle lui avait juré de l'attendre. L'homme secoua la tête. Il était prêt à de nombreux sacrifices, mais il refusait de tromper autant de monde, de gâcher autant de vie. La sienne, bien sûr, mais aussi celle d'Isthia, et très certainement celle de cette Elwena. Il connaissait de réputation cette jeune fille, ce n'était qu'une enfant. " Père, je suis navrée, mais je ne peux pas. Je suis persuadée qu'il y a une autre solution. " Cassion grogna. " Tu es mon fils unique. Il n'y a que toi. " " Mais... " " Il n'y a pas de mais. Tu es incroyable ! Incapable d'assumer tes fonctions, je ne te demande qu'une chose et tu la refuse ? Quelle malédiction planait sur moi le jour où j'ai donné naissance à un être aussi minable ! Tu obéiras, que ce soit clair ! " Le roi hurlait d'une voix caverneuse. Vïn ne l'avait jamais vu aussi énervé. Il se mit alors à tousser, puis à être traversé par d'importantes convulsions. " Père ! " Le prince tenta de le faire boire, mais rien ne semblait calmer cette crise. Il appela immédiatement à l'aide et une infirmière arriva pour le prendre en charge. Le coeur de Vïn battait à tout rompre. Il crut un instant que son père allait rendre son dernier souffle, mais les tremblements et les palpitations se calmèrent enfin. Cassion ferma les yeux, à bout de force et Vïn l'étreignit. Pourquoi affubler d'autant de tourments un esprit déjà aussi tourmenté ? La phrase résonnait dans sa tête. Il sentit une puissante douleur dans sa poitrine, conscient de la décision qu'il venait de prendre. " J'épouserai Elwena. " Ce n'était qu'un murmure, destiné à son père. Car au fond de lui, il savait qu'il n'épouserai jamais cette gamine. Il lui restait du temps, il lui fallait trouver une solution, sans bien évidemment que son père n'en sache quoi que ce soit. Il lui fallait trouver Eleon.

Le feu. Le froid. Une brûlure déchire mon coeur. Ardente. J'hésite quant à la marche à suivre. Poursuivre ou tout arrêter ?

Assis dans l'obscurité, Vïn regardait Isthia se déshabiller devant lui. Ses courbes étaient parfaites, sa peau, légèrement halée dégageait un parfum sucré de miel, quant à ses yeux, ils scrutaient le prince avec une intensité sans pareille. Jamais Vïn n'avait été aussi envoûté par une femme. Jamais il n'avait vu une aussi belle créature. Certes, d'autres filles étaient jolies. Certaines étaient d'ailleurs même plus belles, mais aucune ne possédaient cette chaleur torride propre à Isthia. Dans le nord, beaucoup étaient tombée sous le charme de cette fille de l'est, débarquée voilà un peu plus d'un an. Cette Elwena. Ses grands yeux bleus, ses cheveux brillants et ses lèvres roses ne laissaient personne de marbre. Vïn lui-même reconnaissait et saluait la beauté de cette jeune fille, malheureusement, il la voyait comme une enfant, et la haine qu'il éprouvait à son égard se transformait en répulsion. Bien que leur première rencontre remontait déjà à une année et quelques mois, l'homme ne parvenait à oublier l'humiliation et l'offense que cette gamine lui avait fait. Monsieur. Si ma présence vous importune, il aurait été bon de me le faire savoir, avant ma venue. Cette phrase résonnait encore dans son esprit comme un écho intarissable. Devant toute l'assemblée, elle avait osé se montrer aussi impoli, aussi insolente. Bien qu'il se soit chargé de lui répondre et de la remettre à sa place, Vïn n'oubliait pas cette affront. Il le gardait précieusement comme une preuve de l'incompatibilité entre elle et lui. Elwena n'était qu'une enfant, qui réfléchissait encore comme une fillette naïve. Que pensait-elle trouver dans le nord ? Un prince qui tomberait immédiatement sous son charme, qui mettrait entre parenthèse sa vie pour se livrer plein et entier à son amour ? Ce genre de chose n'arrivait pas. Les sentiments n'étaient pas aussi simples. Ils grandissaient, ils évoluaient, ils prenaient du temps. Mais cela Elwena devait très certainement l'ignorer. Sans doute n'avait-elle jamais connu l'amour ? Le prince éprouvait à son égard de profond ressentiment, et il se demandait comment un jour, il pourrait épouser cette fille-là. " Quand je vois ce regard perdu, je ne peux pas m'empêcher d'être fascinée... A quoi peux-tu bien penser ? Tu es si loin ? "
Isthia s'étaient approchée de lui et esquissa un sourire. Il secoua la tête pour lui signifier que tout allait bien. La jeune femme vint se poster derrière son amant et glissa sa main dans ses cheveux. Vïn pouvait sentir ses seins chauds contre sa peau. Isthia n'avait jamais froid. A croire qu'un sang de feu coulait dans ses veines. " Ne te torture plus ainsi. Tu es là, maintenant, avec moi. Savoure cet instant. Savoure le présent, notre présent. " D'un geste gracile et agile, Isthia passa sa jambe au dessus du torse de Vïn, de manière à s'asseoir sur ses genoux, en face de lui. Elle plongea son regard de braise dans celui du prince avant de déposer un baiser dans son cou, et de glisser ses lèvres jusqu'à son oreille, pour lui murmurer quelques mots. " Je t'aime Vïn. " L'homme ne put s'empêcher de sourire. Il embrassa langoureusement son amante, quant on toqua violemment à la porte. Les deux jeunes gens échangèrent un regard, Isthia se rhabillant avec hâte et Vïn enfilant une tunique. Lorsqu'il ouvrit, il fut surpris de découvrir le visage d'un garde de son père. Que pouvait bien lui vouloir Cassion à une heure pareille ? Il interrogea du regard le garde qui abordait un air livide. Le pauvre bougre était blanc comme la neige, et de toute évidence, quelque chose n'allait pas pour lui. " Messire... Votre Majesté. " Il se stoppa, inspira un bon coup et se lança à nouveau. " Le roi... Notre roi... est mort. " Vïn fut comme bloqué. Souffle court, coeur emballé. Il se doutait bien que personne ne lui ferait une blague d'aussi mauvais goût, pour autant, il ne parvenait à croire et à saisir le sens de ce qu'il entendait. Il lui fallait du temps pour réaliser, et surtout, il devait voir cela de ses propres yeux. Il lança un regard furtif à Isthia, puis revint au garde. " Suivez-moi. " D'un pas nerveux et rapide, il traversa le château pour gagner les appartements de son père. Devant, plusieurs gardes et infirmières discutaient à voix basse. Leurs murmures se stoppèrent lorsque Vïn apparut dans leur champ de vision. Ils lui lancèrent un regard désolé, et le prince pressa plus encore son pas. Il poussa la porte, et vit cette scène qu'il avait tant redouté, et tant attendu à la fois. Allongé sur ce lit richement paré, le corps de son père était là, sans vie. Il s'y approcha, espérant entendre un souffle, voir ce visage si froid bouger et lui susurrer quelques reproches, mais rien ne se produisit. Ce n'était plus qu'une enveloppe. Le corps d'un vieillard sans vie. Le vestige d'un roi disparu. " Père... " Sa voix se perdit dans le flot de la tristesse. Il avait détesté son père, il lui en avait voulu, il avait douté de lui, mais jamais, ô grand jamais, son amour n'avait faibli. Il avait couru des années derrière une reconnaissance qu'il n'avait jamais obtenu, et maintenant, il était seul. Seul sans un repère. Seul sans famille. Il songea à sa mère, puis à Eleon. Il était comme son frère. Sans doute, se réjouirait-il de la mort du roi. Sans doute aussi serait-il triste de voir son ami ainsi dévasté. Car intérieurement, Vïn luttait contre une tempête. Un mal de chien lui déchirait la poitrine. Mais il devait être fort. Il savait ce que signifiait la mort d'un roi. Il savait que les semaines qui allaient suivre allaient être éprouvantes. Mais il devrait être fort, maintenant qu'il était roi. Fort pour le nord, fort pour son peuple. Fort pour son père. Il tenta de garder la face. " Comment cela est-il arrivé ? " Le trésorier de Cassion, un homme sage et âgé, secoua la tête. " Nous étions en plein discussion lorsqu'il m'a dit se sentir mal. Je l'ai fait allongé, et j'ai appelé un médecin. Il s'est alors mis à tousser et à trembler. Lorsque le médecin est arrivé, il était trop tard. " Vïn acquiesça. Il aurait du s'y préparer. Le roi étaient malade depuis plus d'un an, et son état s'était aggravé depuis quelques temps. Il se tourna vers le trésorier et le chancelier. " Faîtes parvenir la nouvelle et commençons à organiser les funérailles. Je veux que la cérémonie soit à la hauteur de l'homme qu'était mon père. C'est un jour triste pour le Nord. " Sur ces quelques mots, il sut qu'il devait partir. Il savait qu'il ne pouvait plus tenir. Que les larmes venaient, que la boule grossissait dans sa gorge. Il avait besoin de tout évacuer. Il quitta la pièce, et s'avança dans le couloir. Au bout, il vit une silhouette féminine. Elwena. La jeune femme venait très certainement d'apprendre la nouvelle. Sans qu'il ne comprenne vraiment pourquoi, Vïn s'avança vers elle, il la scruta une seconde, puis l'étreignit avec force. Il n'éprouvait toujours aucune sympathie pour elle, seulement, il avait vu quelque chose sur son visage qu'il n'avait jamais vu auparavant. De la compassion. De la gentillesse. Malgré tout ce qu'il lui avait fait subir par rancoeur et ressentiment, elle parvenait à être triste pour lui. Alors il se laissa aller, et fondit en larmes dans ses bras.

Le temps. Long. Monotone. Comme interminable, il glisse, seconde par seconde. Je souhaite simplement fermer les yeux. Oublier, m'oublier.

Le vent tapait contre le carreau. Depuis plusieurs jours, le froid semblait avoir trouvé une nouvelle vigueur, et il s'infiltrait entre les pierres, dans les cheminées, jusqu'à pénétrer à l'intérieur des maisons. Tout le monde dans le nord savait que cela durerait plusieurs jours, et que, doucement, la clémence du temps reviendrait. Il ne ferait pas chaud, bien sûr. Il ne faisait jamais chaud dans le nord. Mais l'air serait plus supportable, et moins glacial. Assis derrière son bureau, Vïn se massait les tempes. Cela faisait environs quatre ans qu'il était devenu roi, et il se sentait déjà usé par la tâche. Rien ne se passait comme il le souhaitait. Il avait beau mettre toute la volonté et l'énergie qu'il possédait, il y avait toujours quelqu'un pour lui mettre des bâtons dans les roues. Et pire que tout, le roi ressentait l'horrible impression de reproduire les erreurs de son père. Il restait enfermé dans ses appartements, dans son château, et n'écoutait rien ni personne. Il était persuadé d'être dans le juste concernant ses décisions, et de manière inéluctable, il s'isolait. Eleon lui répétait sans cesse. Selon lui, il était tant qu'il tue le père et qu'il tue également le fils. Il ne pouvait plus vivre dans l'ombre de son père. Son meilleur ami lui affirmait constamment qu'il avait changé, qu'il s'était laissé absorbé par l'ombre de son père. La mort de Cassion avait en effet eu des répercussions sur la vie de Vïn. La tristesse, d'abord, s'était installée dans son quotidien, et le nouveau roi avait tenté de répondre aux attentes de son défunt père. Il savait que c'était là un mauvais choix, mais une telle décision lui permettait d'épancher sa tristesse. Pourtant, depuis quelques jours, tout avait été remis en question. Cela faisait déjà plusieurs mois que Vïn hésitait quant à la marche à suivre. Bien sûr, les mots d'Eleon trouvait un écho dans l'esprit de l'homme, seulement, il connaissait parfaitement son ami, et il savait qu'il avait toujours détesté Cassion et que finalement tout ce qu'il espérait était que jamais Vïn ne lui ressemble. A dire vrai, ce n'était pas les mots d'Eleon qui avait eu l'effet d'une vague dans son esprit, mais plutôt celui d'Elwena. Depuis cinq ans, la jeune femme occupait la vie de Vïn. Elle vivait dans le nord et était très appréciée de la population, pourtant, Vïn refusait toujours de l'épouser. Trop jeune. Trop de rancoeur. Oh oui, les rancoeurs ! Il lui avait fallu un temps considérable pour s'en débarrasser, mais pourtant, il avait fini par réussir. Il ne la regardait plus de la même manière. Elle n'était plus cette intruse qui venait chambouler son quotidien. Elle faisait parti de ce quotidien. Comme une sorte de présence. Oui, il s'était habitué à elle. Et il avait compris cela lors de leur dernière conversation. Ou plutôt leur dernière dispute. Elle avait démarré autour d'un sujet anodin. Être reine. Vïn lui avait parlé comme à une enfant. Il lui avait parlé exactement comme Cassion lui parlait dans le passé. Et elle lui avait réponde de la même manière que Vïn aurait pu répondre à son père. Et c'est à ce moment là qu'il avait pris conscience de son erreur. De ses erreurs. Elwena était exactement la personne qu'il lui fallait. Car ils se ressemblaient beaucoup. Car elle parvenait à lui tenir tête. Car elle seule savait le toucher. Car peut-être, refusait-il de se l'avouer, il était plus attaché qu'il ne le soupçonnait, à cette jeune femme venue de l'est. Mais elle ne lui pardonnait pas cet accueil. Elle ne lui pardonnait pas la présence d'Isthia. Cette silhouette tentatrice et provocante qui se dessinait dans les couloirs du château. Isthia. Vïn l'avait aimé ardemment. Il l'aimait d'ailleurs peut-être toujours. Mais elle ne pouvait plus rester avec lui. Elle appartenait à un passé qu'il devait laisser derrière lui. Pour son bien. Parce qu'il la respectait et qu'il n'avait rien à lui offrir. Et parce qu'il devait faire ce présent à Elwena. Pour le pardon. Pour l'avenir. Et enfin, parce qu'à présent, il se rendait compte qu'il préférait voir le sourire d'Elwena que le corps d'Isthia. Il voulait voir cette jeune femme heureuse. Elle qui avait été arraché à sa famille, elle qui ne pouvait plus voir sa soeur. Alors il avait pris une décision. Une décision difficile, mais pourtant, il était résolu. Il allait l'épouser. Il ferait venir Danä. Et il chasserait Isthia.
La porte s'ouvrit doucement. " Tu voulais me voir ? " Une voix suave, enchanteresse. Isthia apparut dans l'encadrement, une robe très légère qui laissait apparaître la naissance de sa poitrine. Elle n'avait jamais froid. Jamais. Elle s'avança vers le bureau du roi et esquissa un sourire. " Pourquoi tant de cérémonial ? J'ai plutôt l'habitude que tu me reçois sans toutes ces étoffes sur le dos qui te donnent un air austère. " Elle fit le tour du bureau et vint se placer derrière le siège sur lequel était assis Vïn. Elle l'entoura de ses bras et émit un rire, taquine. " Bien que cela fasse plusieurs semaines que nous ne nous sommes pas vus. Je vais finir par croire que mon corps ne t'excite plus comme avant. " Elle tenta de déposer un baiser sur la joue de l'homme, mais celui-ci la repoussa. Il s'écarta, et se leva. Isthia arqua un sourcil. " Quelque chose ne va pas Vïn ? " Il secoua la tête, hésitant. " Il faut qu'on parle, toi et moi. " Elle demeura interdite, baissant les yeux. " Je n'aime pas ça... " " Je vais me marier avec Elwena. " " Oui, comme depuis cinq ans, je sais... " Il agita la main, et lui intima de le laisser poursuivre. Il essayait de ne pas la regarder dans les yeux. Il n'aimait pas faire de mal aux autres, encore moins aux personnes qui comptaient pour lui. " Cette fois-ci, c'est officiel. La date est fixée. " Isthia ouvrit la bouche, un peu surprise. Elle se mordit la lèvre inférieure, et Vïn s'autorisa un regard. Lorsque leurs yeux se croisèrent, il lut dans ceux de la jeune femme, une sorte de déception. " Très bien, que veux-tu... Je vais devoir me faire à l'idée de te partager... " A nouveau, il baissa les yeux. Comment lui faire comprendre ce qu'il voulait lui dire ? Comment, sans la blesser, lui demander de partir, de se trouver un mari et de quitter le nord ? Vïn hésitait quant à la marche à suivre, aussi opta-t-il pour la franchise et l'honnêteté. " Non, il n'y aura pas de partage. Je vous respecte toutes les deux, et il est hors de question que je vous blesse, l'une comme l'autre. " " Vïn.... " Isthia commençait à comprendre. Il était en train de la répudier. Et même s'il y mettait toutes les formes possibles, le résultat serait le même. Elle sentit ses yeux se remplir de larmes. Vïn quant à lui, luttait contre l'envie de la consoler. " Je suis désolé. Je t'avais fait une promesse, mais je ne pourrais pas la tenir. Tu ne peux pas rester ici. Tu es encore belle, jeune, et tu es bien née. Tu te trouveras un époux qui saura t'aimer et t'offrir ce que je n'ai pas pu te donner. " Elle secoua la tête, refusant d'accepter, refusant de comprendre. " Tu me parles comme si j'étais une pute à placer, un pion sur ton échiquier ! Que fais-tu de mes sentiments ? Je t'aime Vïn. Je t'ai toujours aimé, conseillé, accompagné. J'ai été ton pilier, tu as été le mien. Je me fiche du reste !! " Elle hurlait presque, se jetant au cou de son amant, l'étreignant pour éviter de le voir s'envoler. Mais à nouveau, Vïn se détacha d'elle. Il lui fallait se montrer ferme. Solide. " Ne rends pas les choses plus compliquées. Je dois épouser Elwena, et tu dois t'en aller. " " Tu dois ? Bien sûr que non ! Ton père n'est plus là ! C'est toi le roi, tu peux décider qui tu veux épouser, avec qui tu as envie de partager ta vie ! Tu peux lui demander de partir ! Et je suis sûre qu'elle en sera heureuse ! " " Je ne veux pas qu'elle parte. " Sa réponse avait été directe, posée. Isthia le dévisagea. " Je veux épouser Elwena, je veux l'avoir à mes cotés. " La jeune femme ouvrit la bouche, comme pour parler, mais la referma sans prononcer le même mot. Elle savait ce que cela signifiait. Elle connaissait Vïn parfaitement. Finalement, il avait fini par l'aimer, cette gamine de l'est. Isthia le scruta quelques secondes et fondit en sanglot. Cette fois-ci l'homme ne put s'empêcher de la consoler. La voir ainsi lui déchirait le coeur. Lorsqu'il s'approcha, ce fut elle qui le repoussa. " Ne me touche pas !! " Elle hurlait, hystérique. " Tu t'es servi de moi n'est-ce pas ? Tu ne m'as jamais aimé. Tu as baisé mon corps, et maintenant que tu en as trouvé un plus jeune, tu me jettes ? " " Isthia, tu sais bien que ce n'est pas ça... " " Non. Tais-toi !! " " Isthia... " Le coup partit, sans le moindre contrôle. La jeune femme lui avait donné une claque monumentale, mais l'homme resta stoïque et encaissa. Si cela pouvait atténuer sa douleur, fort bien. Isthia essuya ses larmes, et recouvra son calme. Elle souhaitait rester digne. Toujours cette dignité, ce dédain. " Je te hais Vïn. Je te hais, car tu viens de me briser le coeur. Briser mes rêves. Je te hais car tu m'as menti pendant toutes ses années. Je te hais car je t'aime, et que tu t'en fiche. " Elle le foudroya du regard. " Adieu. J'espère que tu crèveras comme un chien. Seul et sans personne pour te pleurer. " Alors elle tourna les talons et disparut de les couloirs sombres du château. Vïn ferma les yeux. Bien sûr, il s'en voulait, seulement, il ne regrettait pas sa décision. Aussi douloureux cela pouvait-il être, il apparaissait parfois comme essentiel de laisser partir les gens. Isthia. Mais aussi le fantôme de son père.

Sourire, soupir. Un nouvel air se fait sentir. Je me sens vivant, je me sens fort. Je me sens moi.

Les accords d'Endore allaient être signés. Enfin, après de nombreuses épreuves, Vïn allait obtenir ce qu'il désirait ardemment. Le retour de la prospérité et de la paix. Pour le bien du nord, mais aussi de tout Aläageria. Depuis l'instant où le roi avait décidé qu'il était temps de tuer l'enfant et faire naître l'homme, sa manière de gouverner s'était transformée, et les négociations avaient connu de nouvelles avancées. Vïn était enfin devenu le roi qu'il devait être. Sage, juste, bon. Et la présence d'Elwena à ses cotés lui donnait la force nécessaire. Il l'aimait, simplement, sans artifice. Il aimait sa personne, ses manières, ses paroles. Et la voir partir lui causait un profond sentiment d'inquiétude. Pourtant, la jeune femme semblait décidée. " Laissez moi me rendre à Endore. " Elle insistait, consciente de la nécessité pour le nord d'avoir un représentant lors de la signature. Le roi ne pouvait évidemment pas se rendre en personne, son royaume avait besoin de lui, il ne pouvait pas l'abandonner ainsi. Il refusait également d'envoyer un ambassadeur. A vrai dire, il ne faisait entièrement confiance qu'à Eleon et Elwena, le premier étant incapable de faire un représentant présentable dans une assemblée. Quant à Elwena.. Bien sûr, le rôle lui irait à merveille, et puis, elle était la plus légitime. Plus qu'une ambassadrice, il s'agissait de la reine et Vïn veillait toujours à ce qu'elle soit considéré au même rang que lui sur le plan politique. Mais la voir s'en aller était une idée qui ne l'enchantait guère. " Je ne peux pas vous laissez partir seule, Elwena. " La jeune femme leva les yeux au ciel, s'approchant vers Vïn et entourant sa taille de ses bras avec une douceur candide. " Tobias m'accompagnera. " Cela n'avait rien pour rassurer le roi. Certes Tobias était un homme sûr et bon combattant et un bon espion, seulement, il était jeune, séduisant, et un peu trop proche d'Elwena à son goût. Il craignait que son épouse tombe sous le charme de celui-ci, et cachait mal sa jalousie naissante. La jeune femme dut sentir la tension dans le corps de son mari, puisqu'elle déposa un baiser dans nuque. Vïn se retourna pour lui faire face. Il espérait lire dans le regard de la jeune femme quelque chose qui puisse le rassurer et calmer ses peurs. " Ca ne me rassure pas. " Rassurante, la jeune femme passa sa main sur la barbe du roi. " Ca devrait. C'est votre meilleur appui, et le conseiller auquel vous faites le plus confiance. Laissez moi aller à Endore avec lui. " Elle n'avait pas tord. Enfin pas totalement. Oui, Tobias était son meilleur conseiller, et il avait une confiance aveugle en ses conseils, seulement, au delà de l'aspect politique, il craignait que ce dernier ne le trahisse en se laissant porter par ses sentiments. Mais en aucun cas il ne pouvait dire cela à son épouse. Il souffla, résigné, et Elwana, déposant un baiser sur ses lèvres, comprit qu'elle était parvenue à le convaincre. Il l'étreignit avec force, ne souhaitant pas la voir ainsi disparaître, et lui murmura quelques mots. " Reviens-moi. " " Toujours. " Il espérait que ces mots ne s'envoleraient pas sous le fait d'une inclinaison, et il y veillerait personnellement. A peine Elwena eut-elle quitté la pièce qu'il fit convoquer Eleon. Il lui demanda de suivre Tobias et son épouse, de les surveiller et de tout lui rapporter. Intérieurement, il s'en voulait, mais il essayait de s'ôter la culpabilité. Par amour. Mon geste est excusable. Car oui, il l'aimait cette Elwena. Et il ne laisserait rien ni personne la lui enlever.
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Just a king, in the darkness, in the night, searching for a light ► Vïn

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